Fin de Page

 

Note

Pour

Monsieur le DGASTE


c : ndgainec

STE/ECT/JV/N°

Objet : Conférence sur l'intelligence économique

PJ : 1

Le mardi 26 janvier 1996, la CCIM a convié les acteurs économiques du département à une conférence sur l'intelligence économique animée par Monsieur Jacques-Gustave, Directeur de la Sodevor.

Ce concept n'est pas à proprement parlé nouveau, il faisait l'objet d'autres appellations dans certains autres domaines (espionnage, etc.). Mais, il prend aujourd'hui une importance renouvelée compte tenu de trois évolutions majeures :

- internationalisation rapide de la compétition économique,

- accroissement exponentiel du volume des informations disponibles (~ multiplié par 2 tous les 04 ans),

- évolution rapide des technologies de l'information et de la communication.

Dans ce contexte, il importe à l'entreprise de suivre et d'agir en continu sur son environnement ( technique, commercial, juridique, social, concurrentiel, etc.). L'objectif est de pouvoir en temps utile anticiper et parer aux menaces, mieux saisir les opportunités du marché, accroître la compétitivité, apprécier l'évolution des goûts de la clientèle.

Ainsi l'intelligence économique peut être définie comme l'ensemble des actions coordonnées de recherche de traitement et de distribution en vue de son exploitation, de l'information utile aux acteurs économiques; Ces diverses actions sont menées légalement avec toutes les garanties de protections nécessaires à la préservation du patrimoine de l'entreprise, dans les meilleures conditions de qualité, de délai et de coût (rapport CGP).

La mise en place d'une démarche d'intelligence économique requiert 08 facteurs essentiels :

1° L'information comme instrument de la stratégie,

2° La logique de réseau en interne et la mobilisation des hommes (60 % de l'information désirée se trouverait déjà dans l'entreprise)

3° La logique de réseau en externe et la synergie public-privé

4° Les stratégies indirectes et ruses de l'intelligence,

5° L'usage offensif et défensif de l'information,

6° L'information comme instrument d'influence et de lobbying,

7° La prise en compte des facteurs culturels.

8° La gestion de la problématique coopération-concurrence.

L'outil privilégié pour la mise en oeuvre d'une pareille stratégie est l'organisation d'un cycle de l'information qui permet de renseigner notamment sur : les fournisseurs, les clients les concurrents, la technologie, etc. ( voir schéma).

Il comprend :

- l' expression des besoins de l'entreprise (réflexion sur les missions),

- la recherche et la collecte d'informations (plan de recherche),

- le traitement et l'exploitation des informations (décrypter, vérifier, apprécier l'intérêt, trouver le sens, etc.),

- la diffusion (sélectivité en interne et en externe).

La conférence s'est achevée par la présentation de quelques cas concrets :

- exemple pratique de recherche de fournisseurs sur Internet,

- présentation d'une expérience de réseau Intranet au sein d'un groupe éclaté géographiquement, De Gentile),

- expérience d'une différenciation réussie sur un service concurrentiel à l'international, à partir d'une mission d'observation de la concurrence caribéenne

- exemple de gestion de l'information en situation de crise (cas Colipays)


Intelligence économique.

Et compétitivité des PME-PMI martiniquaises

Chambre de Commerce et d'industrie de la Martinique

Mardi 26 janvier 1999

Pascal Jacques-Gustave

Directeur de la Sodevor

Co-auteur de l'ouvrage Les PME face au défi de l'intelligence économique

" L'intelligence économique peut être définie comme l'ensemble des actions coordonnées de recherche, de traitement et de distribution en vue de son exploitation, de l'information utile aux acteurs économiques. Ces diverses actions sont menées légalement avec toutes les garanties de protection nécessaires à la préservation du patrimoine de l'entreprise, dans les meilleures conditions de qualité, de délai et de coût. "

Rapport du Commissariat Général du Plan Intelligence économique et stratégie des entreprises

La documentation française, février 1994

Face à l'accroissement de la pression concurrentielle et l'explosion des nouvelles technologies de l'information et de la communication, les PME-PMI martiniquaises peuvent bénéficier d'outils performants pour se renseigner et réagir au plus vite aux évolutions de leur environnement.

Pour accroître sa compétitivité, une PME doit savoir mieux vendre, donc être en mesure de s'adapter en permanence à la demande des consommateurs. Des consommateurs de plus en plus exigeants et informés. L'entreprise n'a pas le droit d'être moins informée que ses clients sur ce que propose ou prévoit la concurrence.

Un autre volet de sa compétitivité repose sur sa capacité à mieux acheter pour diminuer ses coûts de production. Or la volatilité de l'économie oblige les entreprises à être vigilantes sur le rapport qualité/prix de leurs fournisseurs et sur l'évolution de leur santé financière.

L'entreprise évolue dans un cadre juridique de plus en plus précis et mouvant. Des changements réglementaires peuvent modifier profondément et durablement la santé financière des entreprises. Il faut donc se renseigner en permanence sur cet environnement juridique pour être en mesure d'agir sur celui-ci : éviter les déconvenues et saisir les opportunités avant les autres.

F,tre vigilant et à l'affût des moindres menaces et opportunités de son environnement économique: telle est la définition de l'intelligence économique. Les yeux et les oreilles de l'entreprise.

L'intelligence économique se traduit, dans l'entreprise, par la mise en oeuvre du " cycle de l'information ".Le cycle de l'information est un processus permettant à l'entreprise de se renseigner et d'agir de façon pertinente et efficace sur son environnement : sur ses fournisseurs, sur ses clients, sur ses concurrents, sur ses technologies, sur la législation, etc.

Ce processus cyclique est composé de quatre phases : l'expression des besoins, la recherche, l'exploitation et la diffusion de l'information.

La phase d'expression des besoins consiste en une réflexion sur les missions de l'entreprise et sur la représentation de son devenir : Quelle est ma politique générale ? Quels sont mes objectifs stratégiques ? Que dois-je faire pour les mettre en oeuvre (plan d'action) ? C'est cette déclinaison des orientations stratégiques qui sera synthétisée dans un plan de renseignement. La première étape du cycle du renseignement n'est donc pas celle de la recherche d'information mais celle de l'identification des voies de recherche ; car il n'est pas de bonne voie pour qui ne sait où il va.

Le plan de renseignement découlant de l'orientation générale vise précisément à guider l'entreprise dans sa phase de recherche d'informations.

La phase de recherche et de collecte d'informations, consiste à traduire le plan de renseignement en un plan de recherche cohérent avec les moyens de l'entreprise: identifier des sources susceptibles de répondre aux besoins, évaluer et mettre en oeuvre des moyens spécifiques à chaque source d'information: par exemple.

La phase de traitement ou d'exploitation des informations comporte plusieurs volets :

* traduire ou décrypter;

* vérifier la fiabilité et chercher des recoupements

* apprécier l'intérêt de l'information: est-ce nouveau ? important

* trouver le sens, le contenu.

La phase de diffusion consiste à distribuer l'information. auprès de:

* ceux qui en ont besoin,

* ceux qui en ont exprimé le besoin,

* ceux que l'on estime concernés.

Cette distribution peut être interne ou externe à l'entreprise et, dans les deux cas, elle peut être ciblée ou générale. La diffusion de l'information est une phase du cycle de l'information qui doit être soignée. En effet, une information pertinente et originale peut s'avérer inutile et non rentable si elle n'est pas diffusée au bon moment. L'information se déprécie souvent avec le temps.

Pour obtenir de l'information sur son environnement, il faut en donner, il faut communiquer. L'autre volet de la diffusion d'informations est donc la communication à l'extérieur de l'entreprise. Pour bien communiquer, il faut savoir ce que l'on peut communiquer et ce que l'on doit garder pour soi. Quel est le coeur de mon activité ? Quels sont mes projets les plus chers qui nécessitent la confidentialité ?

C'est en définissant ce que l'on doit garder dans l'entreprise, et donc que l'on doit protéger, que l'on peut déterminer aisément ce que l'on peut communiquer le plus largement à l'extérieur de l'entreprise. L'erreur consisterait à tout garder secret de peur de se mettre en danger. Plus on communiquera avec ses clients, avec ses fournisseurs, avec son banquier, avec son comptable, éventuellement avec les médias, plus on a des chances de saisir ou de provoquer des opportunités d'affaires. L'entreprise du 2lè siècle sera communicante ou ne sera pas.

Enfin, les informations obtenues doivent être confrontées à la question posée en début de cycle : Puis-je agir ? Doit-on remettre en cause les actions à mener ? Etaient-ce finalement les bonnes questions ? Le questionnement renaît en bouclant le cycle de l'information. Par enrichissements successifs, l'organisation a créé en son sein un process continu de management de l'information.

Mais, le fait d'avoir un système d'information ne veut pas dire que l'on dispose d'un système d'intelligence économique. Pour cela, il convient de considérer les huit facteurs clés suivants :

.

Les huit facteurs clés de l'intelligence économique :

L'information est trop souvent perçue comme un simple moyen de connaître son environnement économique ou technologique. Beaucoup d'entreprises ne s'organisent pas pour en faire un instrument de leur stratégie.

Il y a quelques années, une entreprise de l'ouest de la France a lancé une expérience de veille stratégique. Considérant qu'il ne s'agissait là que d'un outil technique de connaissance de l'environnement, elle a monté une cellule de veille déconnectée de la direction de la stratégie. Cette déconnection a été fatale à l'expérience. Devant le manque d'orientation générale, la cellule de veille ne parvenait pas à identifier de plan de recherche suffisamment précis pour générer des résultats opérationnels. Après quelques mois, elle fut dans l'obligation de construire ses propres orientations générales, donc de porter son propre regard sur la stratégie de l'entreprise ; en doublon de la direction de la stratégie. L'augmentation progressive du pouvoir par l'information au sein de cette cellule a été mal vécue par la direction générale qui a mis un terme à l'expérience au bout d'un an. Quand la cellule d'information n'a pas été intégrée à la stratégie de l'entreprise, c'est l'échec.

Plus de 60% de l'information recherchée se trouve déjà dans l'entreprise à travers les archives, lectures et contacts des collaborateurs. A titre d'exemple, les commerciaux détiennent souvent beaucoup d'informations sur les clients de l'entreprise et leur perception de ses produits mais aussi sur les produits des concurrents.

L'information en ligne offre à la PME une grande capacité d'accès direct à l'information. Néanmoins, elle n'offre souvent que des réponses ponctuelles à des questions ponctuelles. Dès lors que la problématique est complexe, il est nécessaire de recourir à des services spécialisés, à des experts, à des contacts de nature diverse. Il est donc nécessaire que les collaborateurs nouent (de façon organisée) des relations avec des "capteurs externes" d'informations.

La complexité croissante des échanges économiques conduit à une sophistication des stratégies concurrentielles. Ces pratiques ne concernent pas seulement les grandes entreprises opérant sur les marchés internationaux. Les PME sont aussi confrontées à des questionnaires leurres, à des sociétés écran, à des montages financiers complexes. Elles doivent donc pouvoir disposer d'un système d'information capable de les renseigner quasiment en temps réel afin de déjouer les ruses de plus en plus nombreuses.

Au-delà des pratiques publicitaires offensives, certaines entreprises utilisent l'information pour déstabiliser leurs concurrents : rumeurs, désinformations, attaques télématiques, etc. Ces pratiques, souvent illégales sont formellement proscrites dans les démarches d'intelligence économique. Néanmoins, il est important de les connaître afin de s'en protéger.

L'information ne doit pas seulement servir à suivre l'évolution de son environnement juridique et réglementaire. Elle doit servir à l'anticiper pour agir sur cet environnement. Là encore, le lobbying n'est pas réservé aux grandes entreprises présentes à Bruxelles. Les PME disposent de relais institutionnels et se regroupent pour défendre des causes communes. Il est donc nécessaire de disposer de capteurs d'information en amont des prises de décision réglementaires et s'organiser pour les exploiter à temps.

Trop souvent sous-estimée, cette variable peut s'avérer déterminante dans certaines configuration d'exportation. Un producteur de vin Français a tenté d'exporter une partie de sa production en Asie, ayant entendu que les asiatiques étaient amateurs de bon vin français. Il a fait traduire les étiquettes mais n'a pas tenu compte du facteur culturel : la couleur. En effet, les étiquettes de son vin sont blanches, or, le blanc est signe de deuil dans certains pays asiatiques. L'information culturelle peut éviter des déconfitures à l'exportation.

Les entre rises sont de plus en plus rarement dans des situations de concurrence complètes. Elles se retrouvent souvent dans des configurations plus complexes où elles sont à la fois concurrentes et coopérantes. Cependant, elles continuent trop souvent à se regarder uniquement en concurrentes ce qui les empêchent de saisir certaines opportunités.

Dans les années 70, il existe en France deux petites entreprises travaillant dans le secteur de l'instrumentation océanographique, activité essentiellement internationale: Suber à Brest et Nereides à Orsay. Ces deux PMI (respectivement 10 et 20 MF de Chiffre d'affaires) sont continuellement en concurrence sur le marché national. Les deux chefs d'entreprise se respectent. Ils se rencontrent souvent au cours de manifestations internationales et se parlent avec prudence.

Un jour, le patron de Suber invite celui de Nereides à une présentation de ses produits pendant trois jours à Moscou. Une Centrale d'achats avait réuni une cinquantaine d'Océanographes distingués. Le patron de Nereides accepte cette proposition, sous réserve de préparer préalablement un document fixant précisément la présentation de cette réunion. Les séances de travail ont révélé des différences sur l'exercice de leur métier. Chaque entreprise devait faire des efforts pour ne pas apparaître comme trop concurrente l'une de l'autre. Elles ont découvert aussi la qualité de leur savoir-faire respectif, de leurs insuffisances financières et industrielles, et finalement de la richesse de leurs complémentarités. Finalement, le document exposait les produits de la première entreprise, les produits de la deuxième entreprise et les produits présentés en même temps par les deux entreprises.

L'opération a été satisfaisante sur le plan commercial. La coopération s'est prolongée sur d'autres opérations. Afin de faciliter l'action commune des deux entreprises, une association a été créée et rapidement élargie à d'autres entreprises complémentaires. Un code d'honneur s'est imposé progressivement. La participation aux expositions s'est organisée soit sur le stand de l'association soit sur celui de la PMI la mieux placée, avec répartition des frais en fonction du nombre de panneaux exposés.

Très vite, le partenariat entre Suber et Nereides a dépassé le cadre de l'export pour atteindre la stratégie nationale des deux entreprises. L'association à l'export a montré qu'il était possible de répondre sur le plan national à des appels d'offre plus ambitieux et de réaliser des projets plus importants avec beaucoup plus de qualité et de sécurité. Rapidement, les lignes de produits des deux entreprises ont évolué vers plus de complémentarité. Certains produits ont même été venduq en commun à partir de sous-ensembles provenant des deux entreprises.

Conclusion

Les PME martiniquaises ne sont pas démunies face à la nécessités de surveiller en permanence leur environnement et d'agir sur celui-ci.

Depuis le rapport du Commissariat Général du Plan sur le sujet, l'intelligence économique s'est développée en France:

des formations ont été créées,

des cabinets de consultants se sont spécialisés,

Enfin, des opérations d'intelligence economique ont été menées avec des PME qui peuvent aujourd'hui témoigner de leur retour sur investissement.

Elles peuvent enfin confirmer les propos de J-F Kennedy :

L'ignorance coûte plus cher que l'information

Ou encore que la maitrise de l'information permet réellement d'augmenter sa compétitivité.



Début de Page


Date du document : 29/01/99
Date de publication 22/03/99 , date de dernière mise à jour 22/03/99

Signataire: Pascal Jacques-gustave / Sodevor (Groupe Aden)
Source:Sodevor (Groupe Aden)
Visa:Sodevor (Groupe Aden)
Diffusion:INFO
Téléphone: jgpascal@club-internet.fr

Page Précédente